Bulletin HS

Bienvenue à la première Mise à jour sur l’HS, une nouvelle initiative de la Fondation canadienne de l’hidradénite suppurée (HS). L’an dernier, nous avons entrepris l’élaboration de notre futur plan stratégique. Grâce à ce processus épuisant, mais extrêmement réfléchi, nous avons défini notre mission première, soit « Aider les dermatologues canadiens à mieux gérer l’HS ».

Nous avons déjà entrepris des activités éducatives traditionnelles sous la forme du Symposium annuel sur les progrès en matière d’hidradénite suppurée et du symposium de surspécialité sur l’HS tenu dans le cadre du Congrès annuel de l’Association canadienne de dermatologie. Ces événements offrent aux participants d’excellentes possibilités de formation interactive de grande qualité. Néanmoins, la portée de ces événements est limitée au nombre relativement restreint de participants. De nos jours, les plateformes en ligne sont des éléments essentiels de tout plan d’éducation médicale efficace. La nouvelle Mise à jour sur l’HS fournira des renseignements à jour et facilement accessibles tout au long de l’année. Chaque numéro présentera l’essentiel des nouveaux développements importants dans le domaine, des conseils cliniques et des commentaires sur les recherches récemment publiées.

J’espère que vous aimerez la Mise à jour sur l’HS. Nous vous invitons à nous faire part de vos commentaires et de vos suggestions pour les prochains numéros.

Raed Alhusayen MBBS MSc(Clin/Epi) FRCPC
Présidente, Fondation canadienne de l’hidradénite suppurée

 

 

Mise à jour sur l’HS – Avril 2019

Lignes directrices nord-américaines sur l’hidradénite suppurée : un outil bien accueilli pour améliorer la qualité des soins dispensés aux patients atteints d’HS

Commentaire : Dr Raed Alhusayen MBBS MSc FRCPC

Les premières lignes directrices nord-américaines sur l’HS ont récemment été publiées. Elles sont le fruit d’une collaboration entre les fondations canadienne et américaine de l’hidradénite suppurée. Les lignes directrices s’adressent en premier lieu aux dermatologues, mais l’information qu’elles contiennent sera utile à tous les fournisseurs de soins de santé qui gèrent des patients atteints d’HS. Le document aborde une vaste gamme de sujets, y compris l’évaluation de la gravité de la maladie, le dépistage des facteurs de risque et des comorbidités, la gestion de la douleur, le soin des plaies, les interventions de rechange, les thérapies médicales et les approches chirurgicales. Il est important de souligner, comme le font remarquer les auteurs, que les recommandations proposées dans les lignes directrices pour la gestion de l’HS ont été formulées en fonction des données probantes disponibles au moment de la rédaction du document et selon l’opinion et l’interprétation des experts qui ont participé à son élaboration. Elles ne visent pas à établir une norme de soins, car chaque patient atteint d’HS est unique en ce qui concerne la présentation, la gravité de la maladie, les comorbidités, les contre-indications et la réponse au traitement.

Voici quelques points saillants des lignes directrices :

  • Évaluation de la gravité de la maladie : On recommande pour la pratique clinique de procéder à la détermination du stade de la maladie selon la norme de Hurley et le nombre de lésions inflammatoires. Il faut également tenir compte de l’évaluation que fait le patient de sa maladie (douleur, échelle visuelle analogique de la douleur [VAS], qualité de vie en dermatologie [DLQI]). D’autres systèmes de classement doivent être utilisés à des fins de recherche.
  • Tests de dépistage : Les tests génétiques et les biomarqueurs ne sont pas recommandés. Les tests de microbiologie ne sont pas recommandés à moins que l’infection ne suscite des préoccupations cliniques.
  • Dépistage des comorbidités : Les patients atteints d’HS présentent des taux plus élevés d’obésité, de tabagisme, de syndrome métabolique (diabète, hypertension, dyslipidémie), d’anxiété et de dépression, de syndrome des ovaires polykystiques, de maladie inflammatoire de l’intestin et d’arthrite inflammatoire. Il faut fonder le dépistage sur les antécédents et l’examen physique. Chez certains patients présentant un risque plus élevé de diabète, les tests de laboratoire sont recommandés.
  • Conseils sur le mode de vie : S’il y a lieu, il faut conseiller les patients sur la perte de poids et l’abandon du tabac, pour les avantages globaux qui en découleront pour leur santé en plus d’un meilleur contrôle de l’HS. Cela doit se faire de façon objective et respectueuse.
  • Alimentation : Il n’y a pas suffisamment de données probantes pour recommander de suivre certains régimes ou d’éviter certains groupes alimentaires (p. ex., les produits laitiers).
  • Traitement naturel ou de rechange : Le supplément de zinc est une option raisonnable pour les patients légèrement atteints qui recherchent des thérapies naturelles ou de rechange.
  • Gestion de la douleur et pansements : Le contrôle de la douleur et le soin des plaies sont des éléments importants de la gestion de l’HS. Une approche multidisciplinaire est habituellement nécessaire.
  • Antibiotiques oraux : La tétracycline et la rifampine+clindamycine sont recommandées pour l’atteinte bénigne à modérée et grave, respectivement. Le dapsone peut être utile dans certains cas d’atteinte légère. Les antibiotiques peuvent être utilisés comme thérapies auxiliaires dans les cas graves. La thérapie d’entretien à long terme, en particulier les tétracyclines et le dapsone, peut être appropriée dans certains cas et devrait être fondée sur la pondération risques-avantages.
  • Adalimumab : L’adalimumab à la dose approuvée pour l’HS est recommandé pour les patients atteints d’une maladie modérée à grave. Selon les experts, on peut envisager l’adalimumab dans certains cas moins graves.
  • Autres produits biologiques : Les produits biologiques de rechange comprennent d’autres inhibiteurs anti-TNF (infliximab), anti-IL 12/23 (ustekinumab) et anti-IL1 (anakinra). Les preuves existantes n’appuient pas l’utilisation de l’etanercept.
  • Ertapenem : L’ertapenem IV peut être utile comme thérapie de secours ou comme passerelle vers la chirurgie dans les cas les plus graves d’HS.
  • Traitements immunosuppresseurs traditionnels : Les stéroïdes systémiques à faible dose et la cyclosporine peuvent être envisagés dans les cas de résistance sévère. Il faut toutefois les utiliser avec prudence étant donné les effets secondaires possibles.
  • Interventions en clinique : Le kenalog intralésionnel, la fenestration et le laser Nd:YAG sont des interventions utiles à pratiquer en clinique.
  • Chirurgie : L’excision locale à large marge, soit par chirurgie ou laser au CO2, est la modalité chirurgicale de choix pour les lésions chroniques étendues.
  • Thérapie médicale en période périopératoire : Le traitement médical continu, y compris le traitement biologique, est susceptible d’être bénéfique pour le contrôle de la maladie et la guérison des plaies.

Les lignes directrices sont disponibles en deux parties en libre accès et peuvent être consultées sur le site Web du Journal of the American Academy of Dermatology (en anglais) :
1) North American Clinical Management Guidelines for Hidradenitis Suppurativa: A Publication from the United States and Canadian Hidradenitis Suppurativa Foundations. Part I: Diagnosis, Evaluation, and the use of Complementary and Procedural Management.
https://www.jaad.org/article/S0190-9622(19)30367-6/fulltext

2) Part II: Topical, Intralesional, and Systemic Medical Management
https://www.jaad.org/article/S0190-9622(19)30368-8/fulltext

Quelques mots sur la chirurgie à l’intention des dermatologues : comment conseiller les patients au sujet de la chirurgie

Dr. Ralph George MD FRCSC

De nombreux patients atteints d’HS se sentent nerveux ou même réticents face à la chirurgie. Pourtant, une opération peut parfois être très utile. Il est important de comprendre ce que la chirurgie peut et ne peut pas faire. Pour la plupart des personnes atteintes d’HS, la chirurgie ne peut pas offrir de remède. L’HS est une maladie chronique, tout comme la polyarthrite rhumatoïde, par exemple. Ni l’une ni l’autre de ces deux maladies ne peut être guérie par la chirurgie. Toutefois, de la même façon qu’une chirurgie des articulations peut aider une personne atteinte d’arthrite, une intervention chirurgicale planifiée peut aider un patient atteint d’HS. Il est important que le patient et le chirurgien comprennent les objectifs de la chirurgie et aient tous deux des attentes raisonnables quant au résultat. La chirurgie fonctionne le mieux lorsqu’elle vise une zone problématique particulière, où les lésions reviennent et produisent des tunnels et des écoulements. La chirurgie ne peut pas garantir que l’HS ne reviendra jamais, mais elle peut soulager une région réfractaire à d’autres traitements. La chirurgie fonctionne mieux lorsqu’elle est combinée aux meilleurs soins médicaux continus possible. Il faut suivre un traitement biologique ou antibiotique avant l’intervention chirurgicale et continuer par la suite. Dans le cas d’une opération planifiée, le dermatologue doit faire tous les efforts possibles pour contrôler l’HS au maximum, ce qui donnera à l’intervention la meilleure chance de succès.

N’oubliez pas que la chirurgie fonctionne le mieux dans le contexte de soins médicaux optimaux et continus prodigués par le dermatologue. C’est un travail d’équipe!

Extraits des journaux et revues

Rédigé par le by Dr. Raed Alhusayen MBBS MSc (Clin/Epi) FRCPC

L’espérance de vie des patients atteints d’HS est plus courte

  • Étude de cohorte rétrospective de la base de données finlandaise Care Register for Health Care.
  • On a analysé les données sur la mortalité de 4 379 patients atteints d’HS comparativement à 40 406 patients atteints de psoriasis et 49 201 patients atteints de nævus mélanocytaire.
  • L’âge moyen au décès était de 60,5 ans dans les cas d’HS, de 71,1 ans dans les cas témoins de psoriasis et de 75,2 ans dans les cas témoins de nævus.
  • Les principales causes de mortalité chez les patients atteints d’HS sont les maladies du système circulatoire, y compris les cardiopathies ischémiques et les accidents vasculaires cérébraux (33,7 %), le cancer (27,9 %), et les accidents et la violence, y compris les suicides (11,2 %).
  • Il est à remarquer que les cancers respiratoires représentaient 9 % de la mortalité chez les patients atteints d’HS, soit le double du taux des groupes témoins, probablement en raison de la prévalence élevée du tabagisme chez les patients atteints d’HS (élément non saisi dans cette étude).
  • La maladie des patients a été le plus souvent identifiée au moment de l’admission à l’hôpital, ce qui indique que des cas d’HS plus graves ont été inclus dans l’étude. Il ne faudrait donc pas appliquer ces résultats à tous les patients atteints d’HS.
  • Qu’est-ce qui pourrait expliquer ces résultats?
    • L’HS est associée à de multiples comorbidités comme l’obésité, le diabète, le syndrome métabolique (non pris en compte dans l’analyse).
    • L’HS est un état d’inflammation chronique.
    • Une autre analyse effectuée par le même groupe a révélé un risque accru de suicide chez les femmes atteintes d’HS (5 fois plus élevé que chez les femmes atteintes de naevus, 2 fois plus élevé que chez les femmes atteintes de psoriasis).

Lien : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30597518

Nouvelles lignes directrices de la BAD pour la gestion de l’HS

En décembre 2018, la British Association of Dermatologists (BAD) a publié ses nouvelles lignes directrices sur la gestion de l’HS. Il s’agit d’un instrument important pour les médecins qui s’occupent de patients atteints d’HS.

  • Le document s’adresse en premier lieu aux fournisseurs de soins primaires et aux médecins de famille.
  • Un effort considérable a été consacré aux détails méthodologiques.
  • La plupart des recommandations sont simples :
    • Antibiothérapie orale avec tétracyclines comme thérapie systémique de première intention.
    • Adalimumab pour une maladie modérée à grave.
  • Bon nombre des recommandations correspondent à celles de lignes directrices antérieures et de déclarations consensuelles d’autres sociétés, avec toutefois certaines différences notables :
    • Forte recommandation contre l’utilisation de l’isotrétinoïne (sauf pour les patients qui ont des lésions concomitantes acnéiformes modérées à graves) : je suis ravi de voir cette position ferme étant donné l’utilisation courante de ce médicament qui n’est pas étayée par le corpus de données probantes actuel.
    • Recommandation claire en faveur du dépistage des comorbidités.
    • Approche en plusieurs étapes : L’algorithme suggère des tétracyclines comme thérapie de première intention. Pour les patients qui ne réagissent pas, les étapes suivantes sont la rifampicine et la clindamycine, puis le dapsone ou l’acitrétine, puis l’adalimumab, puis l’infliximab. Je soupçonne que cette approche vise à donner des directives claires aux fournisseurs de soins primaires. Toutefois, certaines de ces recommandations ne semblent pas être appuyées par des données probantes, y compris la suggestion d’utiliser l’acitrétine ou le dapsone chez les patients pour qui les antibiotiques systémiques ont échoué.
    • Interprétation conservatrice des données probantes : Les lignes directrices ont conclu que les données probantes étaient insuffisantes pour formuler des recommandations concernant de nombreuses modalités de traitement, y compris la cyclosporine, les stéroïdes systémiques, l’ertapenem IV, les contraceptifs oraux, les produits biologiques non anti-TNF et les modalités au laser.
  • En plus de son public principal, les lignes directrices sont également utiles pour d’autres fournisseurs de soins de santé, p. ex., les chirurgiens qui souhaitent amorcer le traitement avec les patients en attendant une consultation avec un dermatologue.

Lien : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30552762

Données à long terme sur l’adalimumab

  • Suivi effectué pendant jusqu’à 3 ans en prolongation ouverte pour les patients des études contrôlées randomisées PIONEER I et II qui ont reçu 40 mg d’adalimumab par semaine. Le suivi minimum était de 92 semaines.
  • Comprend un total de 88 patients. Le groupe total a été comparé à un sous-ensemble de patients ayant obtenu un résultat à l’Évaluation clinique de la sévérité de l’hidradénite suppurée (HiSCR) ou un résultat partiel (≥ 25 % de réduction du nombre de nodules inflammatoires) à la semaine 12 (répondants partiels et répondants à la 12e semaine [PRR]).
  • La dernière observation reportée a été utilisée pour gérer les données manquantes pendant la prolongation ouverte.
  • Dans le cas des PRR, ils ont maintenu une amélioration de leur nombre de lésions par rapport au niveau de référence. L’amélioration moyenne à la fin de l’étude était la suivante : réduction de 36 % du nombre d’abcès et de 49 % du nombre de nodules inflammatoires. Fait intéressant, on a également observé une réduction de 39 % des fistules et des fistules drainantes.
  • 18 % des patients ont subi une flambée (définie par une augmentation de 25 % du nombre d’abcès)
  • 22 patients sur 88 ont cessé de prendre le médicament en raison d’effets indésirables ou d’un manque d’efficacité.
  • Le taux d’infections graves était de 3,4 %.
  • Aucun cancer ni décès n’a été signalé.

Lien : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29860040

Différences entre les hommes et les femmes dans les sites anatomiques touchés

  • Étude transversale de 124 patients atteints d’HS (71 femmes, 53 hommes) de 6 centres de dermatologie en Italie
  • Les hommes étaient plus susceptibles d’être touchés dans la région glutéale (32,3 % des hommes contre 8,7 % des femmes, P < 0,001), tandis que la région du sein était la plus touchée chez les femmes (16,3 % des femmes contre 4,6 % des hommes, P = 0,02).
  • La différence dans l’atteinte des aisselles chez les femmes (42,4 %) et les hommes (30,8 %) n’était pas statistiquement différente. Cela est probablement attribuable à la taille relativement petite de l’échantillon, car la même différence aurait été statistiquement significative dans une étude comptant plus de 300 participants.
  • L’obésité a été associée à une multiplication par 3 du risque d’atteinte grave selon le score HS-PGA (RC = 3,28; IC à 95 %, 1,55–6,95; P < 0,01) et selon l’échelle de Hurley (RC = 3,22; IC à 95 %, 1,42–7,31; P < 0,01).

Lien : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30593710

L’HS est associée à de faibles concentrations de zinc

  • Étude cas-témoin portant sur 122 patients atteints d’HS.
  • 37 % des patients atteints d’HS avaient de faibles concentrations sériques de zinc (< 83,3 µg/dL) comparativement à 12 % des témoins (RC ajusté de 6,7; IC à 95 %, 2,6–17,4).
  • Une faible concentration sérique de zinc a également été associée au stade III de l’échelle de Hurley, à l’atteinte de trois sites du corps et à l’atteinte des organes génitaux et du périnée.
  • Ces résultats doivent être interprétés avec prudence. Il y a une corrélation négative entre le zinc et l’inflammation, ce qui suggère qu’une faible concentration de zinc pourrait être un marqueur d’inflammation. Néanmoins, il a été démontré que le supplément de zinc se traduisait par une amélioration clinique des séries de cas de patients atteints d’HS.

Lien : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30043129

Le guselkumab pourrait être efficace pour traiter l’HS

  • Rapport de cas de 3 patients atteints d’HS au stade avancé III de Hurley qui avaient une contre-indication (2) ou chez qui le traitement habituel a échoué (1).
  • Ils ont été traités au guselkumab à la dose standard administrée aux patients atteints de psoriasis.
  • À 12 semaines, tous les patients ont obtenu une réduction de plus de 50 % des scores de gravité de l’HS (IHS4). Il y a également eu une certaine amélioration des scores de douleur sur les échelles DLQI et EVA.
  • Des études de science fondamentale ont démontré que plusieurs cytokines inflammatoires sont régulées à la hausse dans l’HS, y compris le TNF, l’IL-1, l’IL-17 et l’IL-23.
  • À l’heure actuelle, des essais cliniques évaluent les produits biologiques anti IL-17 et anti IL-23 dans l’HS.
  • Cela pourrait être une option chez les patients atteints d’HS sévère et qui ont une contre-indication à l’adalimumab, surtout s’ils sont en même temps atteints de psoriasis.

 Lien : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30480844

 

 

Événements à venir

Symposium scientifique international sur l’HS
10 juin 2019 | Milan, ITALIE

Séance de surspécialité de la Fondation canadienne de l’HS
29 juin 2019 | Calgary, CANADA

4e Symposium sur les avancées dans le domaine de l’hidradénite suppurée
1er au 3 novembre 2019 | Détroit, États-Unis